Comment domestiquer son maître quand on est un chat ?

Animal du désert, le chat est naturellement écolo. Le recyclage, la parcimonie… Ça le connaît ! Et quand il regarde l’homme, il tapote sa tempe poilue de coussinets dubitatifs. Ils sont fous ces humains ! Monique Neubourg, dans son livre d’humour (*), tente de nous décrypter les étonnements de notre matou et ses coups de griffes. 

L’homme se lave très peu, une fois par jour en moyenne, mais à cette occasion, il utilise entre 50 et 300 litres d’eau qui pourraient engraisser une terre en manque de pluie, regonfler les nappes phréatiques ou faire reculer le moment où l’eau manquera.

Lorsqu’il revient de la chasse au supermarché, il rapporte des animaux sans peau, des légumes sans feuilles, mais tous harnachés de sacs en plastique qui sont quasiment indestructibles, non recyclables jusqu’à la nuit des temps. Et, qui plus est, on y passe la tête au risque de s’étrangler ou d’étouffer.

Quand l’homme mange, il jette presque toute sa nourriture. Il ne consomme pas la peau des légumes, ni les os des animaux, les plumes ou la peau. Ses déchets (tout compris) pèsent presque autant que lui. Qui n’a pas vu un homme vivant devant une crevette morte n’a rien compris.

Déficient visuel même quand il a 10/10 à chaque oeil, l’homme ne voit rien la nuit, et pas toujours tout le jour. Alors il réinvente le jour grâce à une fée qu’il appelle électricité et qui se révèle être une diablesse goulue en ressources. Du coup, la nuit n’est plus noire, mais orange, et on ne voit plus les étoiles dans les villes. Fort heureusement, les chats gris restent gris.

L’homme a perdu 95 % de ses poils réfrigération (et la femme 99 %). Ce qui le rend frileux et fragile. Fragile puisqu’exposé aux brûlures du soleil (surtout depuis que ce grand fou a troué la couche d’ozone), aux agressions de ses congénères (coups de coude dans les côtes), aux piercings qui se coincent partout (gaffe, c’est mon Prince Albert !). Pour pallier ces deux inconvénients, il a une solution, il s’emballe dans des tissus de prix qu’il répugne à nous céder pour nos siestes (cachemire 4 fils, mousseline de soie, mohair et angora doux comme maman…) ou moins chers, mais dérivés du pétrole.

Cette absence de poils le conduit aussi à chauffer artificiellement tout endroit où il se trouve, piscine, maison, voiture, terrasse de café.

Si l’homme connaît le chauffage, il ne connaît pas l’auto réfrigiration. Jamais on ne le verra les étés de canicule se laquer finement d’humidité afin de profiter du coup de frais lorsque celle-ci s’évapore. Ou recycler sa sueur à cet effet. Non, là encore l’homme épuise les ressources en eau de la planète pour trois secondes de confort. Ou pire, s’équipe d’un chauffage à l’envers, un refroidisseur bruyant et gourmand en énergie.

Sophistiqué, l’homme a renoncé à marquer son territoire à l’ancienne : en pissant autour. Ses besoins naturels, il les noie dans l’eau, et son territoire, il le marque à l’aide de hauts murs, pour le dur, et pour le virtuel, à l’aide d’un téléphone GPS dans lequel de temps en temps il couine un « Devine d’où je t’appelle ». Sa géolocalisation high-tech progresse à la vitesse de l’érection d’une antenne-relais.

(*) Comment domestiquer son maître quand on est un chat, aux éditions Chifl et & Cie.

Article extrait de NEOPLANETE 20, lire le magazine en ligne.

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"Polyglotte et multimédia, curieuse de tout, avare de rien, en chapeau sur son vélo ou en lunettes en salles obscures, Monique Neubourg aime le cinéma, les livres, les parfums, les jardins, les séries américaines, les relations humaines, l'air du temps et le bruit de l'eau. Elle fait même ses shampoings bio elle-même !