Chassons les idées reçues

La chasse consiste à tuer des animaux sauvages, que le droit considère comme des « choses ». Il faut distinguer les espèces qu’il est interdit de chasser, ou protégées, de celles que l’on peut tirer, « nuisibles » ou sans statut.

Malgré cette distinction, chaque année en France, 25 millions d’oiseaux et environ 5 millions de mammifères font les frais du mépris des lois.

En France, la palme des animaux tués

Pièges non sélectifs où gisent des animaux protégés, parties de chasse dans les parcs nationaux, braconnage pendant les migrations des oiseaux, cadavres de bêtes éventrées, chasseurs qui se tabassent entre eux, l’envers du décor de ce « loisir » est lourd de conséquences.

La France est le pays d’Europe qui autorise la chasse du plus grand nombre d’espèces : quatre-vingt-dix, contre six aux Pays-Bas, par exemple. Notre pays détient aussi le palmarès des accidents de chasse, faute de réglementation en matière de sécurité. Et c’est chez nous que l’on trouve le plus de chasseurs : en effet, rien que pour la saison 2010-2011, 1 230 408 personnes ont validé leur permis auprès de l’Office national de la chasse et la faune sauvage (ONCFS). Cet établissement public assure la police de la chasse et mène des études sur la faune sauvage et son habitat. Il est également en charge de développer et de promouvoir cette « activité ».

Heureusement, les chasseurs ne représentent que 1,9 % de la population française et le nombre de nouvelles inscriptions ne cesse de baisser. Leur âge moyen se rapproche aujourd’hui des 60 ans, alors qu’il y a encore une dizaine d’années, il tournait autour des 50 ans, et des 45 ans, voilà vingt ans. Autres chiffres à l’encontre des idées reçues, ils sont composés en majorité d’inactifs (29,50 %), d’ouvriers (26,10 %) et de cadres supérieurs (19,30 %). Les agriculteurs ne forment qu’une minorité parmi cette catégorie (12,10 %). Récemment, le forestier Pierre Athanaze et les associations One Voice et Droits des animaux ont dénoncé ouvertement certaines pratiques de chasse dont quelques-unes sont épouvantables.

La chasse… au blaireau

Acculé au fond de son terrier par un chien de type teckel, fox-terrier ou jack russel, le blaireau attend parfois huit heures avant que les chasseurs n’arrivent à lui saisir la gueule à l’aide d’une grande pince en fer. Assommé ou tué avec une dague, il sera jeté aux chiens car les hommes ne le consomment pas. L’unique but : le plaisir ! Il existe même des championnats de France de déterrage de blaireaux.

…aux animaux nuisibles

Oiseaux, renards, pies ou fouines… En France, dix-huit espèces sont classées nuisibles, selon les départements et les décisions des préfets, d’après un décret de 1988. Aucun avis scientifique n’est demandé. Pourtant, les renards, par exemple, sont bien utiles, car ils régulent les populations de rongeurs dans les champs, évitant ainsi aux agriculteurs d’utiliser des substances dangereuses, comme la bromadiolone. Or les chasseurs peuvent s’en donner à coeur joie en toute légalité et toute l’année, contrairement à certains autres animaux qui « bénéficient », eux, d’une période de chasse.

…à courre

Entre le 15 septembre et le 31 mars, les animaux sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers, etc.), traqués par des meutes de chiens, finissent souvent dévorés vivants ou noyés. Cette chasse est encore pratiquée dans soixante-sept département français, malgré les réticences des habitants : en effet, quatre Français sur cinq y sont opposés et trois sur quatre veulent son interdiction (sondage IPSOS). Un grand nombre de nos voisins européens ont déjà aboli ce « loisir » d’élite.

…à la glu

Les grives et les merles noirs doivent redoubler de prudence dans le ciel des départements des Alpes-Maritimes, des Alpes de Haute-Provence, des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse, où la chasse à la glu est légale. La pratique consiste à attraper ces oiseaux avec des bâtons enduits de colle, puis à les décoller à l’aide de solvants. Ils sont ensuite utilisés comme appelants dans d’autres types de chasse.

…dans les espaces protégés

Même dans les espaces naturels protégés, il est possible de rencontrer des chasseurs. Ils peuvent oeuvrer en toute tranquillité, alors que les randonneurs ont l’interdiction de cueillir des champignons ou des fleurs. Dans les réserves des hauts plateaux du Vercors ou des Hauts-de-Chartreuse, ils ont, par exemple, le droit de tuer le tétra lyre, un oiseau en danger de disparition dans les Préalpes.

…dans les écoles

Bel exemple de lobbying : dans le Parisien du 13 octobre 2009, une éducatrice a avoué expliquer aux enfants « qu’il est […] utile de tirer sur les animaux ». En 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie signe même, aux côtés de Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, une Convention de partenariat pour l’éducation au développement durable. Ce texte reconnaît le droit aux chasseurs de faire des animations dans les établissements scolaires. Or un tel prosélytisme est interdit à l’école par une note de service de 1985.

Combien la chasse vous coûte-t-elle ?

Vos finances sont lourdement mises à contribution ! Jusqu’en 2003, l’ONCFS vivait de la redevance cynégétique payée par les chasseurs quand ils prennent leur permis de chasse. En effet, celle-ci est reversée à cette organisme public,  contrairement aux autres redevances – une pratique qui a été épinglée par la Cour des Comptes, en 1999. Plus étonnant encore : depuis quelques années,  cette redevance ne suffisant plus, une partie du budget du ministère de l’Écologie est dédiée à l’ONCFS. De 3 millions d’euros versés en 2003, ce sont aujourd’hui 28 millions d’euros que le ministère consacre à la chasse, sans que son budget global ait été augmenté d’un centime. Autant de sous qui ne financent plus la protection de l’environnement ! C’est dire à quel point le lobby des chasseurs est puissant.

A lire

Le Livre noir de la chasse, de Pierre Athanaze, aux éditions Sang de la Terre, 336 pages, 21 .

 

Article extrait du magazine Néoplanète n°26 de février 2012. A télécharger ici.

 

 

 

 

 

 

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