Les antibiotiques, c’est (trop) automatique !

Depuis, le 1er janvier 2006, l’utilisation d’antibiotiques dans les aliments pour animaux est interdite dans toute l’Union européenne. Depuis des décennies, les éleveurs utilisaient en effet des antibiotiques à des fins non vétérinaires, ceux-là ayant également pour effet d’accélérer la croissance des animaux et donc, d’augmenter leur rentabilité économique. A lire dans le magazine Neoplanète n°37.

Cependant, il est apparu que cette utilisation non thérapeutique d’antibiotiques présentait différents effets négatifs, tant pour la santé des animaux, que pour la santé humaine, et en premier lieu l’émergence de bactéries et microbes résistant aux antibiotiques. Voilà qui est particulièrement inquiétant quand on sait que, selon l’OMS, les trois quarts des maladies ayant émergé ces dix dernières années sont d’origine zoonotiques (En 2001, la Journée mondiale de la santé avait pour thème la résistance aux antibiotiques). Mais l’interdiction de 2006 ne règle pas la totalité du problème. En effet, elle ne s’applique qu’au territoire européen et de nombreux pays d’élevage, dont les Etats-Unis, continuent à utiliser des antibiotiques à des fins de croissance. Sur ce plan, le droit européen prévoit que la viande provenant des pays tiers doit présenter des garanties équivalentes à celles prescrites par l’UE en matière de résidus de médicaments vétérinaires. De plus, une utilisation abusive des antibiotiques à des fins préventives semble perdurer en France. La responsabilité de certains vétérinaires, auteurs d’ordonnances de complaisance, serait sur ce point clairement engagée.

L’INTERDICTION : DE LA CONFITURE POUR LES COCHONS ?

Enfin, l’interdiction de 2006 n’est pas respectée de manière équivalente sur tout le territoire européen et les moyens de contrôle sont souvent défaillants, comme cela est assez systématique en matière d’environnement et de santé. En avril dernier, une filière illégale d’antibiotiques à hautes doses destinés à l’élevage a ainsi été démantelée en Auvergne.

A noter les initiatives heureuses de certaines filières (filière porcine notamment), pour instaurer des moratoires sur l’utilisation de certains antibiotiques, ainsi que le Plan pluriannuel EcoAntibio mis en place par le ministère de l’Agriculture, pour diminuer l’utilisation d’antibiotiques à travers notamment la promotion de « bonnes pratiques ».

Pourtant, une problématique de santé publique aussi essentielle devrait faire l’objet d’un plus grand volontarisme politique de la part de l’Etat. Qu’il agisse auprès des vétérinaires ou auprès des éleveurs, sanctions à l’appui, l’outil réglementaire apparaît plus que jamais nécessaire. La loi sur l’avenir et la modernisation de l’agriculture, prévue pour début 2014, ne pourra ignorer cette question.

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