Le paradis perdu de Fatih Akin

En 2006, le réalisateur allemand d’origine turque Fatih Akin, tourne la scène finale de son film De l’autre côté, à Çamburnu, petit village turc près de la mer noire qui a vu naître ses grands-parents. Ce petit coin de paradis, où les habitants vivent depuis toujours de la pêche et de la culture du thé, s’apprête à accueillir une gigantesque décharge à ciel ouvert. Touché par la catastrophe écologique qui s’annonce, le réalisateur va protester à sa façon, caméra au poing, et tourner pendant cinq ans Polluting Paradise.

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Le quotidien des habitants est bouleversé par la construction de cette monstrueuse décharge aménagée sans aucun respect des règles environnementales les plus élémentaires. Impuissants, ils assistent à la destruction de leur petit paradis qui devient invivable. La puanteur et la pollution visuelle détruisent à grands pas l’eau, la vie et la terre des habitants.

Entre carcasses de chiens, désillusions d’adolescents qui partent faire leur vie ailleurs et septuagénaires meurtris, le réalisateur frôle le parfois misérabilisme malgré l’émotion que portent les témoignages des villageois.

Les femmes, ces héros

Polluting-Paradise-3-©-corazón-internationalLa place des femmes dans le film et dans le village prête autant à sourire qu’elle ravit. Faces aux hommes incapables et défaitistes, les villageoises s’en vont, foulard au vent, affronter les méchants corporatistes. Manifestations de rue ou récolte de thé, elles sont partout, sur tous les fronts. Ce sont elles qui font tourner le village pendant que les hommes sont attablés devant leur verre de Raki tout l’après-midi.

Fatih Akin dénonce la catastrophe dans l’ombre

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Avocat des faibles, Fatih Akin parle avec le cœur et dresse le portrait d’une population démunie. L’immersion touchante et humaine au sein d’un petit village turc permet de supporter ce discours un peu trop manichéen. La nature, sans défense, est torturée par les hommes de pouvoir face aux paysans désespérés. En ça, le film est poignant. Il dénonce fidèlement les dégâts provoqués par cette catastrophe écologique comme il s’en produit partout dans le monde.

 

Polluting-Paradise. Fatih-AKIN-©-corazón-international

On salue l’initiative du réalisateur de prendre la parole pour une terre qui ne peut le faire et de tendre le micro vers des villageois qui peinent à se faire entendre. Les plans donnent souvent le tournis et les images s’apparentent davantage à celles d’un documentaire télé. Légère déception tout de même lorsqu’on repense à Head On ou De l’autre côté, justement.

Découvrez la bande annonce du film ici :[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=LrKIzNRI1N0[/youtube]

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Barbara Krief

Journaliste pour Le Plus de L'Obs, Barbara Krief continue d'écumer les festivals engagés pour Néoplanète. Retrouvez-la sur Twitter @KriefB.