Cargo échoué dans le Morbihan: quels impacts pour l’environnement?

Sur la plage de Kerminihy, les pompiers s’activent pour nettoyer le sable et pomper les cuves du cargo…


250 pompiers et agents municipaux se sont employés, dès samedi, à nettoyer la plage de Kerminihy à Erdeven (Morbihan) où s’est échoué dans la nuit de jeudi à vendredi le cargo Bremen transportant 180 tonnes de fioul et 40 tonnes de gazole. Victime de la tempête Joachim, le cargo a fini son voyage sur la plage, à 2km au sud de l’embouchure de la Ria d’Etel, un petit fleuve côtier parsemé d’îlots dont la partie marécageuse est une zone protégée classée Natura 2000.

Cent fois moins de fioul que dans l’Erika

Selon la mairie d’Etel (Morbihan), 60 m3 de fioul se sont échappés dans la mer et 120m3 sont encore dans les réservoirs, qui ont pu être réparés. Le pompage a permis d’extraire depuis vendredi 32m3 de gasoil des cuves du cargo, selon la préfecture du Morbihan. Sur la plage, 250 sapeurs-pompiers et employés municipaux ont été déployés et ont récupéré 73m3 de sables pollués. «Le littoral n’est impacté que sur la plage où s’est échoué le navire, explique à 20 Minutes Gilbert Le Lann, directeur du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre). Par rapport à l’Erika, la situation est très différente : la quantité de fioul est moins importante, moins de 200 tonnes contre 20.000 dans l’Erika, et il s’agit de fioul moins visqueux.»

Les opérations de nettoyage, qui consistent à «récupérer les sédiments pollués, un mélange de sable et de pétrole», dureront «autant que nécessaire, sachant que tant que le navire n’est pas vidé, il peut y avoir des pollutions supplémentaires», précise Gilbert Le Lann. «Ce produit va s’évaporer et se dissoudre dans l’eau, mais sa dégradation est relativement longue, c’est pour ça qu’on le collecte», poursuit Gilbert Le Lann.

Le fioul léger n’est pas sans danger pour les oiseaux

Sur la plage, ce sont les oiseaux marins et les coquillages vivant dans le sable qui risquent de pâtir de la pollution. Didier Masci, responsable d’un centre de sauvegarde des oiseaux à Languidic, explique que le fioul «léger» échappé du Bremen pourrait être pire pour les oiseaux que le fioul lourd: «Pour les petits limicoles, les trottineurs de plage qui se nourrissent dans les laisse-de-mer, ce fioul très léger et très agressif va leur brûler les plumes et la peau, tandis que le fioul lourd reste collé sur les plumes».

Pour protéger les écosystèmes particuliers et fragiles de la ria d’Etel, quatre barrages flottants ont été mis en place. Malgré cela, cinq parcs ostréicoles sur les 40 de la zone sont soumis à un arrêté d’interdiction de commercialisation qui ne touche que les huîtres qui n’étaient pas placées en bassins insubmersibles, selon la préfecture du Morbihan. Le risque de voir remonter dans l’estuaire des algues souillées par les hydrocarbures n’est toutefois pas nul, précise Gilbert Le Lann.

«C’est une atteinte à l’intégrité du territoire»

Autre dommage collatéral au naufrage du cargo, les curieux qui se pressent sur la plage de Kerminihy risquent de nuire aux dunes: la préfecture a appelé Morbihannais et vacanciers au respect de cet espace naturel protégé. Le préjudice écologique subi par la Bretagne a poussé la Région à déposer une plainte en se constituant partie civile: «Depuis l’Erika, il y a désormais une jurisprudence qui reconnaît que le préjudice écologique nécessite une compensation, explique le président du Conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, à 20 Minutes. Quelles que soient les pollutions et leur importance, il faut être intransigeant. C’est une atteinte à l’intégrité du territoire et l’enquête judiciaire dira qui en est responsable».

Audrey Chauvet

Crédit photo : F.ELSNER pour 20MINUTES

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