COP21 :

Ça avance mais tout n’est pas ficelé !

Les négociations entre les 195 pays de la planète pour un accord mondial sur le changement climatique sont entrées mercredi dans leur phase finale. Beaucoup de progrès ont été réalisés mais tout n’est pas ficelé comme l’a souligné Laurent Fabius en ces termes : « nous avons une cartographie des progrès réalisés et des points de convergence qui restent à construire ».

Greenpace a fait gronder son ours blanc à la COP pour convaincre les négociateurs de  l'urgence.
Greenpace a fait gronder son ours blanc à la COP pour convaincre les négociateurs de l’urgence.

Voici les principaux points sur lesquels il y a consensus ou pas :

  • + 1,5°C ou 2 ? Quel sera le niveau d’ambition de l’accord ? On discute encore sur un objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C ou 2°C au plus à la fin du siècle. Mais comme les engagements de réduction de l’ensemble des pays vont dans le sens d’une augmentation de 3°C, une révision rapide des ambitions devrait s’imposer mais sans doute pas avant 2020 (USA et UE).
  • Financements 2020 : l’objectif des 100 milliards de dollars pour le Fonds vert est en passe d’être atteint. Reste à trouver une douzaine de milliards mais on ne sait pas comment ces financements vont s’articuler. Les pays développés – en particulier l’Union européenne et les Etats-Unis – voudraient que les « grands émergents » mettent la main à la poche mais la Chine renvoie la balle dans le camp des « pollueurs historiques » et ne veut pas en entendre parler.
  • Atténuation et Adaptation : les mesures d’atténuation (sociétales et technologiques) des conséquences du changement climatique et celles permettant l’adaptation (comme les énergies renouvelables) seront financées de façon « équilibrée » par le Fonds vert. Il s’agit de « mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour s’adapter au réchauffement » et éviter les « pertes et dommages ». Des progrès notés dans ces deux domaines.
  • Clause de revoyure : Tout le monde est d’accord pour se revoir– ce qui sera déjà le cas en 2016 à Marrakech pour la COP22 – mais ça coince sur le calendrier pour réviser à la hausse les engagements : 2020 voire 2024, disent certains. Trop tard, disent les ONG, qui réclament une révision dès 2017-2018.
  • Différenciation des efforts entre pays riches et défavorisés : le compromis est en suspens.
  • Droits de l’homme : ils y seront mais de telle façon qu’on ne puisse pas les opposer juridiquement.
  • Prix du carbone : une ligne pour dire que les 195 pays reconnaissent l’importance de fixer un prix du carbone. Comment ?
  • Alimentation : une ligne pour dire l’importance d’assurer la sécurité alimentaire, pourtant essentielle.

Donc au final, plus personne ne parle d’accord contraignant (souvent jugé contre-productif) et encore moins d’une révision immédiate plus ambitieuse des engagements ou même avant 2020. Mais le pacte sera, comme le souhaitait François Hollande, « différencié et universel ». Quant à l’idée de donner un prix au carbone, espérée par le nouveau président du GIEC – le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat – il attendra alors qu’il s’agit là d’un instrument efficace pour convaincre le monde économique de faire des choix climato-compatibles.

Plus on avance vers une adoption indubitable de l’accord, plus les ONG sont convaincues qu’il ne sera pas à la hauteur des enjeux. Greenpeace – qui a ressorti à l’entrée de la COP son ours polaire géant – pense que les négociateurs « risquent fort de s’accorder sur un texte a minima. Les options susceptibles de déboucher sur des solutions réelles face au dérèglement climatique sont gentiment éclipsées ».

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.