Des chineuses made in France

Crise oblige, brocantes et vide-greniers séduisent de plus en plus. Une bonne nouvelle pour la planète puisque cela signifie économie de matières, donc d’énergie. Pour le boulot, le plaisir, ou par nécessité, les raisons d’arpenter les allées des stands sont nombreuses. Nous avons interrogé trois chineuses modernes qui nous expliquent leur quotidien.
En page 1 : Madeleine Ably « J’ai transformé un présentoir à chaussures Versace en lampe »
En page 2 : Mélanie Saddi « Chiner c’est mon métier »
En page 3 : Rosalie Ceglarek « Pour moins de dix euros, je repars avec un sac plein de vêtements »

 

« J’ai transformé un présentoir à chaussures Versace en lampe »

Madeleine Ably, co-fondatrice du site  www.sixsoeurs.fr
34 ans, Paris

Moi en quelques motsSix chineuses
Je suis l’aînée de six sœurs, l’« hyperactive » selon elles. Avec Angèle, Suzanne, Jeanne, Lucie et Alice, nous vendons en ligne (sixsoeurs.fr) nos pièces de mode, chinées ici et ailleurs, mais aussi d’autres issues de différents dressings puisque la boutique fonctionne comme un dépôt-vente. Nous proposons également la marque Sixsoeurs Atelier qui réunit des sacs en cuir souple fabriqués artisanalement à partir de cuir chinés.
J’ai commencé à chiner pratiquement au berceau avec ma mère dans les vide-greniers normands, la région de mon enfance. C’est devenu pour moi une passion, un sport préféré, presque une addiction. J’y consacre mes week-ends comme d’autres vont chasser la bécassine, et c’est bien moins meurtrier.

L’art de chiner selon moi
Cela renvoie à l’enfance. On part pour l’Île au trésor, on lève l’ancre à l’aube sans savoir si le butin sera intéressant. Plus prosaïquement, chiner permet de consommer sans états d’âme à moindre coût, et également d’accéder à des merveilles chargées d’histoire, d’une qualité qui n’existe plus toujours aujourd’hui. Je me lève à des heures indues, brave la météo, avale des kilomètres à n’en plus finir, me débat avec les cartes routières, endure les contraventions de stationnement, sans avoir l’assurance que la brocante soit riche, voire maintenue. A côté de ça, il y a toujours la chance possible de la « bonne prise ». Les pêcheurs à la ligne connaissent ça. Seulement eux se font prendre en photo à côté de leur poisson. Moi, jamais avec ma cuvette en faïence.

Mes habitudes
Je chine partout, toute l’année, dès que j’en ai le temps, et je fais parfois jusqu’à quatre brocantes par jour. Tout ce qui beau, insolite, rare : je garde, je donne, je revends. Des vêtements, aux disques en passant par la vaisselle. Parallèlement, beaucoup de mes amis et connaissances me missionnent pour que je leur déniche tel ou tel objet. Et, bien sûr, tout l’art consiste à trouver ces raretés à des prix intéressants.

L’achat dont je suis la plus fière
Un sac Chanel collector, une lampe rarissime éditée pour l’exposition universelle de Bruxelles, une paire de fauteuil en rotin 1950, une fourrure Isabel Marant, et j’en passe.
L’achat dont je suis la moins fière
Un certain bracelet en ivoire

 

Mon anecdote favorite
J’ai transformé un présentoir à chaussures Versace en lampe, modèle improvisé qu’un designer en vue (je ne le nommerai pas) m’a assuré avoir lui-même créé en 1975 pour un fabricant de luminaires.
Mes bons plans
– Faire un tour aux puces (Vanves, Montreuil, Saint-Ouen…) et aux vide-greniers de province.
– Se lever tôt
– Ouvrir l’œil
– Prendre des risques et marchander sans complexes (avec le sourire!)
– Croire à sa chance

 

 

 

 

En page 2 : Mélanie Saddi « Chiner c’est mon métier »

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone