Bourget 2011 : le Solar Impulse

Deux stars incontestables ont donné un relief particulier au Bourget 2011, qui vient de fermer ses portes après une affluence record… Le Solar Impulse et le ZEHST ont mobilisé l’attention de tout un chacun – l’avion solaire et l’hypersonique. Tous deux œuvrent selon leurs concepteurs à une aviation plus éco-responsable… Qu’en est-il vraiment ? Par Eric Poincelet.

Ah, qu’il est beau, ce Solar Impulse… L’envergure d’un A340, le poids d’une voiture, le confort d’une Trabant, la puissance d’un scooter, le silence d’un planeur et un pilote-jockey nourri aux tablettes vitaminées, histoire de limiter la charge inutile et les urgences bien naturelles…

Pas si Jockey que cela, d’ailleurs, ce pilote un peu casse-cou parfaitement conscient qu’un gros coup de vent peut transformer son bel oiseau en hélicoptère Mayday, sans les turbines et le train d’atterrissage ad hoc. Le concepteur de ce planeur motorisé de la taille d’un terrain de foot – Bertrand Piccard – prononcer pIcare, rien à voir avec les surgelés… – a déjà commencé en Suisse la construction du N°2, prévu faire le tour du monde en 2014, espérant trouver à cette date quatre jours consécutifs plutôt calmes…

Il réussira… Dans la famille Piccard, on a toujours réussi… Du grand-père Auguste – inspirateur du Professeur Tournesol – le premier à jouer au ballon dans la stratosphère et qui décompressait ensuite dans les fosses marines – en passant par le père – Jacques, qui construisit des sous-marins sans doute pour aller demander à son père de rentrer à la maison – et maintenant Bertrand, c’est une longue lignée de savanturiers qui n’a pas fini de nous surprendre…

Et l’écologie, dans tout ça ?

En toute honnêteté, les concepteurs du Solar Impulse doivent reconnaitre que le solaire, pour l’aviation, c’est aussi vain que d’installer des pédaliers à chaque siège passager de l’A380 pour faire des économies de carburant sur le tarmac… Mais c’est beau, ça frappe les esprits. Et cela montre à nouveau que le soleil est une formidable ressource, inépuisable et quasi-propre… Dont acte ! Le thermosolaire sera l’énergie de demain, l’Allemagne et la Chine l’ont déjà compris, donc encore quelques années et ce sera notre tour… Même si cet avion solaire ne fait aucun sens économique – il faudrait l’équivalent de trois Roissy pour faire atterrir l’équivalent passagers d’un seul A-320 NEO… – il est beau et sait faire passer le message…

Découvrez l’interview d’André Borschberg, co-fondateur du projet Solar Impulse, réalisée le week-end dernier au Bourget.

NEOPLANETE : Quelles émotions ressentez-vous lorsque vous êtes à bord du Solar Impulse ?
André Borschberg :
Il y a beaucoup de sentiments différents. Dès que l’on est à bord de l’avion, je suis d’abord très concentré. Plus je vole, plus j’ai de l’énergie à bord, c’est un sentiment extrêmement nouveau. C’est aussi un avion qui fait très peu de bruit, le contact avec l’extérieur est donc totalement différent. C’est vraiment une expérience très nouvelle. Les autres avions, avant de les voir, on entend certains bruits qui montent du sol comme un train qui siffle.

NP : La conduite est-elle plus proche de celle d’un planeur ou d’un avion classique ?
AB :
C’est un peu un mélange de tout. Certainement du planeur, parce que Solar Impulse est d’une très grande envergure, c’est un avion qui plane très bien, donc on a un petit peu les mêmes questions qu’avec un planeur, peut-être de manière plus extrême de par ses dimensions et sa vitesse de vol. Solar Impulse, ce sont aussi des moteurs, c’est voler sans référence visuelle, beaucoup avec les instruments. Finalement, c’est un mélange de toutes ces expériences que je retrouve dans cet avion-là.

NP : Pour vous, quel est l’avenir du Solar Impulse et du solaire dans l’aviation ?
AB :
Alors bien entendu, je pense que c’est beaucoup trop tôt pour s’imaginer voler avec des passagers, d’ailleurs ce n’est pas du tout notre message. Si on se repositionne un petit peu dans l’histoire, en 1903, les frères Wright ont fait un premier vol, c’était 800m, seuls à bord de l’avion… Il a fallu vingt-cinq ans pour que Lindbergh puisse traverser l’Atlantique, seul à bord aussi, il a fallu encore vingt-cinq ans pour qu’on puisse transporter une centaine de personnes sur cet Atlantique, donc on se retrouve un petit peu dans cette même situation…

Le solaire capté directement sur un avion, c’est quelque chose d’extrêmement pur, c’est, je dirais, la solution ultime où l’on ne prend aucun carburant à bord. Nous avons voulu le faire, pas pour montrer que tout le monde allait voler de cette manière, mais pour montrer qu’avec cette technologie-là, on est vraiment capable de voler en consommant très peu. Quand j’ai fait, par exemple, le vol Bruxelles-Paris, la puissance utilisée est celle d’un scooter, d’une petite motocyclette…

NP : Quel est le message que vous voulez faire passer par rapport à l’environnement ?
AB :
Aujourd’hui, on fait comme si on était les seuls, pratiquement les derniers sur cette planète, on utilise les ressources sans se préoccuper de ce qui va se passer ensuite, on rejette le CO2 sans vraiment tenir compte de l’impact que ça peut avoir. Ce n’est pas une solution qui est tenable à long-terme. Même si on ne connaît pas vraiment les conséquences de ces actes, on est obligé d’y réfléchir et on est obligé de prendre des mesures, certainement de ne pas pomper la planète comme on le fait. Je pense qu’on a les moyens de le faire aujourd’hui, par contre on ne met pas encore ces mesures en œuvre et c’est un peu ce que nous voulons montrer avec cet avion.

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