Bornéo : Orang-outangs dans la brume

Photographe professionnelle, freelance pour l’agence Sipa Press, Viviane Negrotto s’est envolée fin décembre pour un tour du monde de dix mois. Son but ? Rencontrer ceux et celles qui participent chaque jour à construire un monde plus durable. Tous les mois, elle nous présente un projet éco-friendly. Direction la Malaisie pour ce premier reportage de la rentrée.



Sur les rives du fleuve Kinabatangan, la communauté « orang-sungai », très respectueuse de la faune et de la flore environnante, ne se nourrit d’aucun animal sauvage tel que le crocodile, le serpent ou le singe. Là-bas, on appelle l’éléphant Nenek, qui signifie grand-mère dans leur langue. Des traditions qui en disent long sur leur relation avec la nature. Là-bas, c’est dans l’état de Sabah, l’un des plus pauvres de Malaisie où l’on rase la forêt tropicale pour planter des palmeraies qui, une fois transformées en biofuel, font rouler nos voitures.

Résultat, les Orangs Outangs vivent dans des ilots fragmentés par les plantations d’huile de palme. Les jeunes mâles en recherche de nouveaux territoires se retrouvent perturbés et rapidement, ils se perdent et ne trouvent plus un seul ficus à se mettre sous la dent. C’est pour augmenter leur espace de vie que Red Ape Encounters (RAE), rachète régulièrement des terres pour replanter des espèces originelles de la forêt tropicale à la place des palmiers.

Des achats financés par  Hutan, une association Française créée par Marc Ancrenaz, qui est à l’origine du projet de conservation et d’écotourisme à Skua, un petit village d’à peine un millier d’âmes situé sur la rivière Kinabatangan et à proximité d’une zone de conservation de 6 km2 où vivent une vingtaine d’Orang Outans. Sur place, c’est Red Ape Encounters (RAE), fondé par Hutan avec la communauté de Skua et le Sabah Wildlife Department de Borneo, qui planifie le déroulement des visites.

Certains touristes sont envoyés par Saiga, un opérateur Français, mais les autres voyageurs sont également les bienvenus. Sur le prix de chaque voyage, 5% sont reversés pour la protection des orangs-outans et la conservation de la zone protégée et 5% reviennent au comité de développement du village. Le reste est redistribué à la communauté qui organise le séjour : nuit chez l’habitant, déplacements en bateau, en bus ou en pick up, nourriture, chacun est rémunéré en fonction de sa participation. Les visiteurs peuvent rester entre trois jours et un mois mais leur nombre est limité à 300 par an. Pendant le séjour, les touristes participent à des programmes éducatifs, ils étudient le programme de reforestation, visitent les écoles.

L’objectif : faire comme Yann Arthus Bertrand, c’est-à-dire en mettre plein les yeux des touristes, leur dévoiler les merveilles de la nature pour leur donner envie de la respecter. Enfin, seuls les clients de Red Ape Encounters ont accès à la zone de conservation où l’on trouve les Orangs-outangs, les autres encourent 20000 RM d’amende, voire 2 ans d’emprisonnement.

Aujourd’hui Skua compte douze maisons d’hôte contre cinq au départ. Il a fallu surmonter la barrière du langage qui les séparait des touristes, mais aussi faire comprendre à ceux-ci que le prix élevé du séjour était justifié par sa qualité. Même s’ils ne rechigneraient pas à avoir un peu plus de promotion, les touristes ne manquent pas. RAE souhaiterait même développer d’autres circuits, axés sur les éléphants cette fois.

Retrouvez les reportages de Viviane Negretto sur http://www.abiotifulworld.com/ au travers de photos et d’articles.

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