Biodiversité : faut-il mieux prévenir ou guérir ?

Une succession d’évènements (Conférence du CESE à Paris, Forum de l’eau à Marseille, Conférence de Panama, Sommet de la Terre à Rio …) importants ont tenté de trouver le moyen de mettre en place des dispositions nouvelles pour mener les affaires, qui nous permettraient enfin d’avancer. Et… nous n’avançons pas beaucoup !

Dans leur papier dans la revue Science en 1997, Vitousek et ses collaborateurs avaient déjà annoncé que nous … allions dans le mur ! Et 15 ans plus tard, cela n’a pas changé, sauf si probablement nous allons dans le mur plus vite ! Entre le texte de Georges Orwell (« 1984 » écrit en 1949) et le film de Stanley Kubrick, « 2001, l’odyssée de l’espace » (1968), les idées évoluaient très vite.

Les écrits pionniers écologiques criaient déjà au danger : Henry Fairfield Osborn Jr avec sa « Planète au pillage » (1949), Rachel Carson avec son Printemps silencieux (1962), Jean Dorst avec « Avant que Nature meure » (1964), Michel-Hervé Julien avec « L’homme et la nature » (1965) ou encore René Dumont (Un monde intolérable, le libéralisme en question en 1968 et Mes combats, dans 15 ans, les dés seront jetés en 1969). René Barjavel exprimait aussi son inquiétude face à des technologies que l’homme ne maîtrise plus et s’interrogeait sur le sens de l’action humaine sur la nature (Ravage en 1943 et la Nuit des temps en1968).

Et durant ce temps, quant aux réactions des habitats et des espèces vivantes de plus en plus affectées par l’humain, quelles données récentes enregistrons-nous ? Au début des années 2000, de nombreux papiers scientifiques avaient établi des cartes de migration vers le nord (dans l’hémisphère nord) de différentes espèces végétales et animales qui simulaient leur déplacement probable face à la température qui augmentait.

Pendant que nous continuons à discuter, les systèmes continuent à s’emballer

olivierLe hêtre disparaissait au sud, l’olivier s’installait au nord… Et des travaux récents démontrent que si les arbres parviennent effectivement, sur 20 ans, à « grimper en montagne », ils en sont incapables en plaine, et ceci tant en Europe qu’en Amérique du nord. Certains, encore plus « perdus » sont même partis vers le… sud !

Quant aux animaux, un autre travail très récent publié en Europe, grâce à l’aide des « sciences participatives » (1, 5 million d’heures d’observation, 10 000 participants !) démontre que sur 18 ans, nos papillons communs ont fait 114 km vers le nord et les oiseaux 33 km. Des coquillages de l’Arctique enregistrent dans les stries de croissance de leur coquille le réchauffement effréné actuel sur une quarantaine d’années.

Alors, pendant que nous continuons à discuter et à tergiverser, les systèmes continuent à s’emballer, le CO2 à augmenter dans l’atmosphère et dans l’océan, les pêches à sur-débarquer, les forêts tropicales à être remplacées par des « champs d’arbres », la pollution à atteindre tous les écosystèmes, les habitats à être détruits, les villes à « manger » le terres agricoles ou les forêts, l’eau à être gaspillée et souillée, les maladies émergentes à s’étendre et les espèces invasives à être disséminées partout.

Avons-nous atteint nos limites ? Combien avons-nous encore de temps pour « prévenir » avant d’avoir à « guérir », ce qui se ferait alors inévitablement dans la douleur ?

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