Bilan pour les 30 ans de la « Directive Oiseaux »

D’après un communiqué de la LPO – avril 2009 : Quel bilan pour les oiseaux ?

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La LPO (Ligue de Protection des oiseaux) célèbre le 30ème anniversaire de la « Directive européenne 79/409/CEE du Conseil du 2 avril 1979 » concernant la conservation des oiseaux sauvages, dite «Directive Oiseaux ». Il s’agit de la première réglementation européenne en faveur de la conservation de la nature, et en particulier des oiseaux sauvages et de leurs habitats. L’annexe I de la Directive établit une liste de 181 espèces considérées comme prioritaires en Europe, dont 88 se reproduisent en France. Les sites particulièrement importants pour la conservation de ces espèces doivent, d’après la Directive, faire l’objet d’une désignation par les Etats membres en «Zones de Protection Spéciales» (ZPS). Dans ces zones, une gestion visant au maintien ou au rétablissement du bon état de conservation des oiseaux menacés doit être mise en œuvre.

Dans le même temps, la vigilance reste de mise, car la situation se dégrade pour les oiseaux communs,  notamment ceux présents dans les milieux agricoles (Alouette des champs, Bruant jaune, Perdrix grise, Caille des blés…)

As garças
Creative Commons License photo credit: Eduardo Amorim

30 ans après : Evaluation de l’état des populations d’oiseaux nicheurs

Différents constats peuvent être établis :
1) En France, sur 287 espèces d’oiseaux nicheurs indigènes, 33 %  sont en déclin, 28 % en augmentation, 17% apparaissent stables ou fluctuent ; la tendance de conservation restant inconnue pour 20 % d’entre elles.
2) De nombreuses espèces migratrices insectivores (Fauvettes, Hirondelles, Torcol fourmilier,…) sont en déclin, de même que de nombreux oiseaux nicheurs des milieux agricoles (Alouettes, Bruants) et forestiers (Pouillot siffleur), comme c’est le cas ailleurs en Europe.
3) Sur les 88 espèces de l’annexe I qui nichent en France, 37 % sont en augmentation, non seulement grâce à des mesures de protection ciblées sur des espèces spécifiques (Vautour moine, Cigognes, Grue cendrée) mais aussi du fait de la création d’espaces protégés. Cela tend à montrer que la protection forte instaurée par la Directive Oiseaux est bénéfique. Néanmoins, ces trente dernières années, 17 % de ces 88 espèces sont en déclin, et deux d’entre elles, le Traquet rieur et le Pluvier guignard, ont disparu de France :

Tendances d’évolution des populations d’oiseaux nicheurs de France

oiseau130 ans après : Evaluation des habitats

La Directive Oiseaux est le premier outil qui aborde la notion de préservation du réseau écologique. L’esprit de cette réglementation était avant-gardiste, car les Zones de Protection Spéciales (ZPS), mises en place dès 1981, préfiguraient déjà l’actuel réseau Natura 2000. Celui-ci inclut désormais, outre les ZPS, les Zones Spéciales de Conservation (ZSC), désignées dans le cadre de la Directive Habitats Faune Flore de 1992.

La Directive Oiseaux oblige les Etats membres à maintenir les ZPS en bon état de conservation. De superficie parfois considérable, ces zones sont indispensables à la survie des espèces les plus fragiles. On compte à ce jour 380 ZPS terrestres et marines en France, couvrant pour la partie terrestre 4,23 millions d’hectares, soit 7,7 % du territoire métropolitain. Ce bilan des désignations est « jugé satisfaisant » par les autorités européennes. Toutefois, la seule désignation des ZPS ne suffit pas à assurer un bon état de conservation d’espèces très menacées comme le Râle des genêts, l’Outarde canepetière, le Butor étoilé, l’Aigle de Bonelli… car la gestion mise en place dans les ZPS qui les hébergent ne permet pas d’empêcher la dégradation de leurs habitats. Cela a été mis en évidence dans la brochure LPO/MNHN « Le réseau des zones de Protection Spéciales en France pour la conservation des Oiseaux » d’octobre 2008.

Vol en escadrille…
Creative Commons License photo credit: alpha du centaure

La protection des oiseaux menée dans le cadre de la Directive Oiseaux semble avoir porté ses fruits, puisqu’une proportion non négligeable d’espèces menacées a « repris du poil de la bête ». Les programmes européens de conservation ont contribué à cette amélioration, notamment les programmes LIFE auxquels participent de nombreuses associations de protection de la nature, dont la LPO. Il faut également souligner l’importance de mesures nationales fortes, telle que la Loi relative à la protection de la nature votée en 1976[2], ou la mise en place de la protection intégrale des rapaces et des échassiers, qui a permis à ces groupes d’espèces de reconquérir le pays (Epervier d’Europe, Cigogne blanche, Hérons…). L’application de la loi de protection de la nature de 1976 a également eu pour conséquence la création de réserves naturelles où les oiseaux coloniaux, tels que la Spatule blanche ou les oiseaux marins, ont pu s’établir en toute quiétude et reconstituer leurs effectifs.
L’évaluation de la LPO montre que, grâce à la Directive Oiseaux, la situation s’est améliorée en trente ans pour de nombreuses espèces menacées. Cependant, des efforts considérables restent à fournir, surtout dans les espaces agricoles. Il faut souligner à cet égard que l’engagement européen et français pris en 2002 de stopper la perte de biodiversité pour 2010 ne sera pas atteint.

www.lpo.fr

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