Bélugas vs pétrole : une partie perdue d’avance ?

WikipediaUne énième lutte entre les animaux et l’avidité des hommes est en train de se dérouler à Cacouna, un petit village de 2000 âmes de l’est du Canada, où une colonie de dauphins Béluga (une espèce en voie de disparition) est menacée par la construction d’un gigantesque oléoduc.

Baptisé Energie Est, le projet du géant canadien d’hydrocarbures TransCanada devrait être construit dès 2016, et les premiers pétroliers accoster sur les rives de Cacouna, un endroit privilégié par les dauphins pour mettre bas, d’ici 2018. La polémique enfle donc, et une pétition de 35 000 signatures, ainsi que plusieurs manifestations, ont déjà ralenti la construction. Ralenti, mais pas stoppé. Pour le gouvernement du pays, qui envisage de tripler sa production de sables bitumineux (desquels sont extraits le pétrole) d’ici 2030, cette « autoroute pétrolière » longue de 4600 km est une véritable aubaine, offrant un débit inégalé de plus d’un million de barils par jour.

flickrFace aux pressions de plusieurs ONG, dont Nature Québec et Greenpeace, le ministère québécois de l’environnement a néanmoins imposé à TransCanada de réduire les bruits subaquatiques de ses sondages et de minimiser leur impact sur les Bélugas. Les travaux, qui devaient reprendre le 16 octobre, sont toujours en suspens, les efforts de la compagnie ayant été jugés insuffisants.

flickrMalheureusement, cela pourrait être de courte durée. Car en plus du gouvernement, les habitants du village considèrent eux aussi Energie Est comme une mine d’or qui garantirait emplois et prospérité à tous. Il en est de même pour les Malécites de Viger, une tribu amérindienne qui pourrait autoriser le projet à traverser leur territoire en vue des retombées économiques.

Il ne reste plus qu’à espérer que la catastrophe du Lac-Mégantic en juillet 2013 – 47 personnes avaient été tuées lors de l’explosion d’un convoi de pétrole – les fera réfléchir à deux fois, car le sort de quelque 900 mammifères marins ne pèsera sûrement pas très lourd dans la balance face aux milliards de dollars que génèrerait le projet .

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Eddy Delcher

Après un séjour de sept ans en Angleterre et en Afrique du Sud au cours duquel il obtient un diplôme en journalisme, Eddy revient en France afin de poursuivre ses études. En 2014, il rejoint l'équipe de Néoplanète et contribue régulièrement au CNRS International Magazine ainsi qu'au journal du CNRS depuis 2012.