Au secours, la crise est finie !

L’édito d’Alexis du Fontenioux du blog Valinkeo

Certaines voix émettent l’hypothèse d’une sortie de crise pour 2010 ! Le plus fort de la tempête serait passé, selon Emmanuel Lechypre, rédacteur en chef adjoint de L’Expansion.

Les milieux financiers l’ont bien relevé : malgré des destructions massives d’emplois, les cours boursiers reprennent de leur vitalité. Les spéculations sur les matières premières (et notamment le pétrole) reprennent tranquillement leur cours et nous voyons apparaître de nouveaux produits financiers, pudiquement nommés « plateformes alternatives », versions re-liftées des tristement célèbres « Subprimes » et autres « Credits Default Swaps ». La plus grande crise depuis 1929 trouverait donc une issue au bout de quelques trimestres seulement.

Brussels Stock Exchange
Creative Commons License photo credit: KLMircea

On peut regretter cette analyse, car elle pousse à interpréter la crise actuelle comme un « accident » de parcours et non comme une crise structurelle. On en vient jusqu’à présenter General Motors comme une victime collatérale de la crise financière. Il n’en est rien, GM est bel et bien victime de ses propres choix stratégiques et d’un système à bout de souffle. Sa chute était inscrite dans une évolution environnementale et sociale que l’entreprise n’a pas su appréhender.
Les crises sont porteuses d’espoir, dit-on ! L’espoir que nous pouvions formuler réside dans une redéfinition globale des règles et des objectifs, basée sur de nouvelles stratégies de développement, de coopération, guidée par la contrainte environnementale et l’urgence sociale. L’analyse était pourtant assez largement partagée, on a même parlé de « refondation du capitalisme », l’espoir s’est alors porté sur une possible intégration des objectifs du millénaire dans les politiques publiques…
Une reprise économique trop rapide et un « business as usual » remettrait en cause un nécessaire effort de réadaptation et de changement. La Corée du Sud a su profiter de la crise pour développer un plan de développement essentiellement consacré à une relance verte (80% du budget), elle est bien isolée dans ce choix clairement affirmé. Se réjouir aujourd’hui d’une sortie de crise sans avoir fait le deuil du système l’ayant provoqué, c’est foncer tête baissée vers un nouveau mur plus grand et plus solide encore. Croire que la crise actuelle n’est qu’une défaillance du système financier est une erreur, les prochaines « émeutes de la faim », les prochaines tensions sur les matières premières et les futurs vagues de réfugiés climatiques sauront nous le rappeler.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.