Art et environnement : un développement durable ?

Les expositions mêlant avec brio art et préoccupations environnementales se multiplient. Le but ? Sensibiliser un large public à la protection de la planète de manière légère, optimiste et ludique. Zoom sur cette vague d’artistes engagés.

Art récup’

Faire du neuf avec du vieux, détourner des objets d’occasion de leur usage premier, donner une seconde vie à des matériaux usagés… C’est la tendance artistique du moment. La preuve : les œuvres d’art nées de la récupération sont désormais les vedettes d’exposition. En avril 2009, « Re Art » a ainsi présenté les travaux de 14 artistes et designers qui ont placé le recyclage au cœur de leur démarche. Cette année, c’est l’expo « Quand l’art rencontre le développement durable » qui a rencontré un franc succès à la mairie du 16ème arrondissement de Paris (29 mars au 3 avril 2010). L’occasion de découvrir, entre autres, les lampes des créateurs d’ADN, qui utilisent pour leurs luminaires des éléments de moteurs hors d’usage ou encore des manomètres et les assises de Pierre Salagnac qui sont créées à partir de récupération d’outils agricoles.

« De telles expositions permettent de sensibiliser le grand public à l’écologie de manière ludique, et notamment les enfants, insiste Marie de Grivel, organisatrice de l’expo et fondatrice de galerie d’art Mawaco spécialiste de la récup’éthik. On a tendance à réduire la protection de l’environnement à des contraintes, comme éteindre la lumière et économiser l’eau. Or, ces œuvres montrent que l’on peut être responsable tout en s’amusant. » La bonne nouvelle ? Cette exposition devrait bientôt débarquer dans plusieurs villes de Province.

En attendant, vous pouvez toujours faire un tour à l’exposition [dé]rangements de l’artiste Martine Camillieri à la maison des Arts de Malakoff (jusqu’au 18 juillet). Cet énorme «bazar» sacralisé est constitué d’Autels édifiés à partir d’objets détournés. Son travail questionne nos «désirs» de surconsommation et notre tendance à tout sacraliser. L’artiste ne s’intéresse en effet qu’aux objets qui ont cessé de plaire. Ceux qui remplissent nos poubelles ou nos fonds de tiroir. Chez Martine Camillieri, les pots de yaourts en verre deviennent ainsi des photophores, les bouteilles en plastique des vases, les bouchons des petites boîtes de couture…

« Je milite pour limiter le nombre d’objets sur Terre. Pourquoi acheter toujours plus ? En récupérant des emballages ou encore des jouets désuets, on peut embellir son quotidien tout en s’amusant », assure cette ancienne publicitaire. Au rez-de-chaussée de l’exposition se dresse un Autel dont les visiteurs seront en partie les «inventeurs». Vous pouvez en effet y déposer des objets trouvés au cours de vos promenades. Ces objets formeront ensuite le Temple des «Objets Perdus», jusqu’à ce que leurs propriétaires viennent les réclamer, ou que les trouveurs en deviennent les propriétaires. A l’étage, des Autels oniriques et ironiques, œuvres éphémères et démontables, réalisés à partir d’objets du quotidien.

Dernier coup de cœur en matière de détournement : l’artiste Catherine Videlaine qui transforme des accordéons, des aspirateurs ou encore des radiateurs en sculptures de sol lumineuses. Une manière de nous inciter à porter un regard différent sur ces objets désuets. « Je garde l’objet en entier, je ne fais pas d’assemblage pour garder son intégrité, précise-t-elle. Je travaille par séries thématiques, des vélos aux appareils ménagers en passant par la musique. Je réalise des pièces uniques, en m’attachant toujours à préserver la mémoire et l’histoire de l’objet. »

Art végétal

Un vent de naturel, une bouffée d’oxygène, une rafale végétale soufflent dans les galeries d’art. Le meilleur exemple ? La nouvelle Galerie Verte, entièrement dédiée aux tendances du design végétal. En septembre, durant l’exposition Urban Nature qui se déroule du 3 au 30 septembre, vous pourrez y découvrir les créations des Ateliers Ouverts : des ruches et des nichoirs à oiseaux, scénographiés dans l’espace végétal de la galerie. Après les murs végétaux indoor et outdoor, Amaury Gallon, fondateur de la Galerie Verte et des Jardins de Babylone, souhaite ainsi sensibiliser la place des abeilles et la biodiversité dans notre espace urbain.

Dans le même esprit, signalons la galerie Goutte de terre qui diffuse des artistes et artisans d’art autour du thème de la terre et de l’eau. Certaines pièces, comme des gouttes en terre à suspendre, ont été créées spécialement pour la galerie. Régulièrement, vous pourrez y découvrir un pays, sa situation et ses démarches autour de l’environnement, à travers des projections, des peintures, des photos… A l’affiche jusqu’au 13 juillet : l’exposition « fragments d’eau » de Imtiaj Shohag.

« Mes peintures traitent toutes plus ou moins du même sujet, à savoir les catastrophes naturelles, le chaos, l’ordre et le désordre, le réchauffement climatique et ses conséquences, l’homme et son environnement, explique l’artiste. Dans mes toiles les plus anciennes, je m’intéressais tout particulièrement au chaos engendré par les cataclysmes. L’espace de mes toiles y est plus vite saturé, il est fragmenté, les couleurs et les formes se mêlent et s’entrechoquent, ce qui crée des accidents plastiques. Dans mes toiles les plus récentes, je m’intéresse plus particulièrement à notre environnement et au changement climatique.  »

Art 100% nature

Cet été, ne ratez pas « Naturel brut », l’exposition organisée par le WWF en partenariat avec les parcs et jardins de la ville de Paris, à l’occasion de l’année de la biodiversité. Une vingtaine d’artistes interviennent dans la ville autour d’un seul thème : les services rendus par la nature. Du Jardin de Bagatelle au Parc des Buttes-Chaumont, en passant par la place de la Bourse, le quartier du Marais et d’autres sites à découvrir dès septembre, des œuvres inédites proposent aux passants d’appréhender autrement le sujet de la biodiversité, entre éthique, poésie, humour critique et engagement.

Le saviez-vous ? Depuis 11 ans, la maison de champagne Nicolas Feuillatte s’associe chaque année avec un artiste. Le thème 2010 : la nature, dans une démarche de respect et de responsabilité.

Le gagnant ? Nils-Udo, artiste de renommée internationale travaillant depuis toujours avec la nature. Son exposition « Flottaisons », présentée du 31 mars au 29 mai à la galerie Pierre-Alain Challier, a mis en lumière son œuvre « Eruption d’été ». Vous pourrez désormais voir ce radeau portant des bouquets de fleurs couleur champagne tout au long de l’année à Epernay où elle a rejoint la collection Feuillatte.

Le radeau est constitué de morceaux de troncs d’épicéas attachés avec des lianes de clématites sauvages, sur lequel s’élèvent des tiges de noisetiers et d’osier. Une installation éphémère dans la nature d’abord, puis une photographie qui en garde la mémoire et constitue l’oeuvre définitive.

Découvrez ci-dessous l’oeuvre « Eruption d’été » expliquée en vidéo par Nils-Udo.

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