Animaux : la conscience pour tous

Animaux : la conscience pour tousIl y a 150 ans, Darwin affirmait qu’il n’y a pas une différence de nature mais de degré entre l’homme et les autres espèces animales. Il y a peu pourtant, parler chez l’animal de conscience, c’est-à-dire des états supérieurs de l’activité intellectuelle, eût été inconcevable dans les milieux scientifiques. Il y régnait un climat de « mentaphobie », dénoncé par Donald Griffin, fondateur de l’éthologie cognitive.

par Pierre Jouventin et David Chauvet

 

 

Pourtant, à l’issue d’un congrès à l’Université de Cambridge sur le sujet, des scientifiques internationaux renommés, dont Stephen Hawking, ont signé le 7 juillet 2012 une Déclaration d’existence de la conscience chez les animaux, dont la conclusion est que « les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non-humains, soit tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, possèdent aussi ces substrats neurologiques. »

Le néocortex n’est donc plus considéré comme indispensable pour une pensée complexe. Dès 1920, on a démontré que les abeilles utilisent des concepts mathématiques pour indiquer leur butin aux congénères. Or les insectes ne possèdent pas de véritable cerveau mais des ganglions cérébroïdes fusionnés, comme le poulpe, mollusque de génie ! Ces vingt dernières années, une avalanche de découvertes nous a réconciliés avec le règne animal dont nous nous croyions si éloignés. Les éléphants coopèrent pour trouver des solutions. Les rats estiment plus urgent de délivrer leurs congénères enfermés que de déguster des friandises. Les chimpanzés apprennent à leurs jeunes à fabriquer et à utiliser des outils pour casser des noix. Les grands singes, les dauphins, les cochons, les éléphants et même les pies se reconnaissent dans un miroir, test classique de la conscience de soi que les enfants ne réussissent pas avant 18 mois.

Mais les implications ne sont pas uniquement scientifiques. Elles sont aussi éthiques, juridiques et politiques. Pourrons-nous indéfiniment continuer de traiter les animaux comme des choses ? Pendant la canicule, les images de ces hangars où s’entassaient les cadavres d’animaux avaient de quoi couper l’appétit de ceux qui ont un cœur en plus d’un estomac.

Notre code civil témoigne de cette chosification de l’animal, qu’il qualifie archaïquement de bien meuble (article 528), quand en Allemagne ou en Suisse les animaux sont expressément distingués des choses. Opposés à la reconnaissance juridique de la sensibilité des animaux, les lobbies de la chasse et de l’élevage ont obtenu lors du quinquennat précédent la mise à l’écart de toute réforme en la matière. Bref, en France, les animaux ne pensent pas parce que les chasseurs votent. Vous avez dit obscurantisme ?

Tribune libre parue dans Libération.

 

Les auteurs : 

Pierre Jouventin, éthologiste, Directeur de Recherche au CNRS, auteur de Kamala, une louve dans ma famille, Flammarion, 2012.

David Chauvet, juriste, auteur de La personnalité juridique des animaux jugés au Moyen Age, L’Harmattan, 2012.

 

Lien vers la déclaration : http://io9.com/5937356/prominent-scientists-sign-declaration-that-animals-have-conscious-awareness-just-like-us

 

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