Angelina Jolie, l’humanitaire

Globe-trotter humanitaire, la dame a traîné ses rangers dans les déserts inhospitaliers et les jungles dangereuses, pour porter secours aux plus démunis. Même au cinéma, elle affiche ses convictions sans faillir. Comme dans son premier film, Au pays du sang et du miel, contant une love story sur fond de conflit serbo-boniasque dans l’ex-Yougoslavie. Entre deux projets, Madame Pitt s’est livrée à nous.

D’où vous vient ce désir de vous engager ?

Par essence, une actrice s’intéresse à autrui, elle est ouverte aux autres. C’est surtout une personne avec un trop plein d’amour, qui doit le partager si elle ne veut pas être submergée ! (Rire.) Ces missions humanitaires auxquelles j’ai participé m’ont permis de me construire, de grandir. C’est au cours du tournage de Tomb Raider – qui se déroulait en partie au Cambodge – que j’ai appris que le sol y était truffé de mines antipersonnel datant de la guerre civile. On estime à 70 millions le nombre de mines encore enfouies dans le monde. Un tiers des pays est concerné, imaginez l’ampleur de la tâche ! À mon retour, j’ai contacté le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Je souhaitais m’investir dans ce combat, parce que ces derniers font partie des êtres humains les plus vulnérables de la planète. Depuis, j’essaie de me rendre utile.

Votre travail sur le terrain, c’est quoi exactement ?

Cela dépend des besoins. J’aide à distribuer de la nourriture. Ou je parle pendant des heures avec des familles décimées. Je les écoute, je les réconforte. La plupart de ces pauvres gens ne savent pas qui je suis et ne sont jamais allés au cinéma. Mon job, c’est aussi de faire en sorte qu’on ne les oublie pas et que de tels drames ne se reproduisent plus. Puis je me rends au Congrès, à Washington, pour y faire un compte-rendu de la situation. J’essaie d’impliquer nos politiques et nos chefs d’entreprises. Je mets tout en œuvre pour qu’on favorise l’éducation, la construction d’écoles, l’accès à l’eau potable dans ces pays. Les Nations unies ne sont peut-être pas une organisation parfaite, mais sans cette structure, je peux vous assurer que des millions d’êtres humains seraient morts aujourd’hui !

Vous rappelez-vous votre première mission ?

C’était le 22 février 2001, en Sierra Leone, et là, j’ai eu un choc. Ce pays d’Afrique a été dévasté, durant des années, par une brutale guerre civile. Je suis allée dans un camp de personnes déplacées. J’y ai rencontré des enfants victimes d’atrocités. Ce camp a été le pire que j’ai visité. Cela a fait de moi quelqu’un de différent, de moins égocentrique. Avant, je m’intéressais surtout à moi-même, à ma carrière. Le premier être humain qui est mort sous mes yeux, sans que je puisse faire quoi que ce soit, était un petit Africain. Impuissante. J’étais impuissante. Cette prise de conscience a changé ma vie ! J’avais lu des pages et des pages de rapports. Certains témoignages étaient à la limite du supportable. Je croyais y être préparée psychologiquement. Mais lorsque vous voyez des enfants qui ressemblent à des morts vivants, je vous assure que vous avez du mal à déglutir.

Qu’avez-vous appris en sillonnant notre planète ?

Par exemple, que certaines langues tribales étaient en train de disparaître. Dans quelques décennies, notre monde n’aura plus qu’un seul visage à offrir. C’est consternant. On appelle ça la mondialisation. Ça me donne la chair de poule. Car ce qui fait la beauté de notre planète, c’est sa diversité, non son uniformité. Perdre ses racines, sa culture, c’est perdre son identité. Voyager est le meilleur moyen que Brad et moi avons trouvé pour que nos enfants enrichissent leurs connaissances. Lire un livre de géographie, c’est instructif, mais parcourir le globe, c’est un moyen formidable d’aller à la rencontre de l’inconnu.

La crise économique que traversent les États-Unis a fait sombrer 1,4 million d’Américains en plus dans la misère, selon une étude du Bureau du recensement américain. Pourquoi ne s’intéresse-t-on pas à ces pauvres-là ?

À ma connaissance, un Américain pauvre sera toujours mieux loti qu’un enfant du Sahel ! Mais là n’est pas le débat. Aux États-Unis, il y a des aides sociales pour subvenir aux besoins des plus nécessiteux. Certes, cela ne résout rien, j’en conviens. Prenons l’exemple des Native Americans (Indiens) à qui j’ai essayé d’apporter des aides substantielles. J’ai bien dit « essayé », car les lois en vigueur ne nous ont pas permis de leur filer un coup de main. Problème d’ingérence ? Je sais, ce n’est pas une réponse simple, mais la question ne l’était pas, et le contexte non plus ! Dois-je vous rappeler également que les États-Unis sont représentés aux Nations unies ? C’est très complexe, n’est-ce pas ?

Quelles bonnes résolutions avez-vous prises pour 2012 ?

Suivre d’un peu plus près ce qui se passe, en ce moment, en Europe. Je suis très inquiète de la crise de la dette à laquelle doivent faire face les États membres de l’Union européenne. Si l’Europe est en paix aujourd’hui, c’est grâce notamment à la monnaie unique et aux échanges entre les pays. Si, demain, le Vieux Continent implosait, le spectre de nouvelles guerres se profilerait. Regardez ce qui est arrivé dans les Balkans. Les Européens doivent rapidement trouver des solutions pérennes. Dans le cas contraire, on verra une forme d’obscurantisme revenir en force.

 

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans Néoplanète 28.

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…