Amazonie : la moblisation internationale pour sauver la forêt en sursis

L’un des plus riches écosystèmes de la planète est plus que jamais sur la sellette. Alors que de récentes études prouvent que l’Amazonie continue d’être en net déclin, le Brésil serait prêt à revoir le code forestier afin d’assouplir la protection de la forêt amazonienne. Le gouvernement de ce même pays a également donné son feu vert définitif le 1er juin dernier à la construction du barrage hydroélectrique géant de Belo Monte, malgré les milliers de signatures de pétition et une mobilisation internationale.












La sonnette d’alarme est tirée depuis des années, et pourtant… Le Brésil, qui possède aujourd’hui 5,3 millions de km2 de forêts, essentiellement en Amazonie, semble bien prêt à sacrifier l’un des poumons de la Terre.

Une étude de l’Institut brésilien de recherches spatiales (Inpe) montre que les déboisements en Amazonie brésilienne ont augmenté de 15 % lors des douze derniers mois. De juillet 2010 à juillet 2011, la forêt amazonienne a vu s’envoler en fumée 2 654 km2 de sa végétation, plus particulièrement dans les Etats du Mato Grosso (centre-ouest), terre d’élevage de bovins et grand producteur de soja, et du Para (nord). Face à ces chiffres catastrophiques, la ministre brésilienne de l’Environnement, Izabella Teixeira, avait annoncé la création d’un cabinet de crise contre la déforestation : en mai dernier les déboisements avaient reculé à 268 km2.

Une bonne nouvelle plombée par un projet de loi, débattu depuis près de deux ans au parlement brésilien et qui a été voté le 24 mai dernier, afin de revoir le code forestier de 1965.

Un projet de loi qui assouplie les mesures de protection de l’Amazonie

Le code forestier de 1965 limite l’usage agricole des terres en obligeant les propriétaires de forêts à en préserver une partie intacte, jusqu’à 80 % en Amazonie. Il protège également des zones sensibles comme les rives des fleuves, les sommets et les coteaux des collines. Selon l’auteur de la réforme de ce code, le député Aldo Rebelo, respecter à la lettre le code forestier signifierait replanter 600 000 km2 de terres, soit un peu plus que la superficie de la France. Il estime aussi que plus de 90% des propriétés rurales du pays ne respectaient pas les quotas de reboisement exigés par la loi.

Au profit donc de l’expansion agricole, le nouveau code favorise la déforestation pour le plus grand bonheur du lobby agricole : plus laxiste, il permet aux petits fermiers et éleveurs de travailler les terres jouxtant les rivières, mais aussi celles situées au sommet des collines. La loi relaxe ceux qui, avant juillet 2008, et quelle que soit la taille de l’exploitation, ont coupé plus d’arbres qu’autorisé. Les plus grandes exploitations devront replanter tandis que celles dont la taille est inférieure à 400 hectares ne seront pas contraintes à reboiser.

« La Chambre des députés a transformé la loi de protection des forêts en un passeport pour la déforestation et l’expansion débridée de l’agriculture et de l’élevage », a déploré Greenpeace dans un communiqué tandis que la présidente de la Confédération nationale de l’Agriculture, Katia Abreu, a affirmé que « ce qui est en jeu, c’est la production d’aliments au Brésil, qui soutient l’économie nationale ».

Mais tout n’est pas joué, la proposition de loi devrait maintenant être examinée par le Sénat et nombreux sont les opposants qui militent contre l’adoption de cette loi. Des paysans et écologistes ont même été assassinés dans les Etats amazoniens du Rondonia et du Para pour leur combat pour la préservation de la forêt et leur lutte contre les déboisements clandestins.

Une pétition de l’ONG américiane Avaaz est actuellement en ligne. Elle a déjà recueilli plus de 1 214 440 signataires. De quoi montrer à la présidente Dilma Roussef que le peuple brésilien et la communauté internationale s’opposent à ces changements. Des cortèges massifs devraient avoir lieu dans tout le pays pour marquer le mécontentement et la pousser à opposer son veto aux modifications de ce très controversé code forestier.

Rappelons que le Brésil s’était engagé à réduire la destruction de la forêt amazonienne de 80 % d’ici à 2020 lors du sommet sur le climat de l’ONU qui s’est tenu à Copenhague en 2009. Ce gigantesque pays de 8,5 millions de km2 est en effet le cinquième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du monde.

Une mobilisation toujours plus forte pour contrer le projet du barrage de Belo Monte

En parallèle, le mouvement de mobilisation internationale contre le barrage de Belo Monte continue. En effet, Raoni, le chef de la tribu Kayapo, n’aura pas réussi à faire reculer Dilma Roussef qui a donné son accord pour édifié à Brasilia un mastodonte hydroélectrique de 6 km de large, qui deviendra le troisième plus grand du monde. Un recours en justice a néanmoins été déposé. Pour éviter une future catastrophe humaine et environnementale, le chef Raoni a rédigé avec une soixantaine d’autres leaders indigènes,  une pétition contre la construction de ce complexe qui prévoit d’inonder une zone de 500 km2 dans l’ouest de l’Etat amazonien du Para, obligeant 16 000 personnes à quitter leur terre.

Une journée de mobilisation a été organisée le 20 août dernier au Brésil mais aussi dans de nombreux pays tels que la France où 200 personnes se sont regroupées à la Grande Arche de la Défense pour dire « non » à ce projet. Un appel à Nicolas Sarkozy a été lancé afin que le président reçoive le chef Raoni lors de son prochain voyage en France fin septembre. Selon l’entourage du chef  Raoni, ce dernier devrait demander le soutien, notamment financier, des puissances étrangères pour démarquer les zones indigènes proches du chantier du barrage « envahies » par les ouvriers immigrés et leurs familles.

L’appel des indigènes contre une autoroute qui doit traverser un parc naturel

La forêt amazonienne doit faire face à un autre danger : celui du projet de construction d’une autoroute en plein cœur de la forêt qui abrite un écosystème fragile riche d’ un millier d’espèces animales. Suite à la détermination du président bolivien, Evo Morales, cette route doit traverser le Territoire Indigène et parc national d’Isiboro Sécure (TIPNIS) où vivent plus de 50 000 indiens afin de désenclaver d’ici 2014 le centre de la Bolivie et de l’ouvrir vers le Brésil voisin.

Ainsi, depuis le 15 août, plus de 1 200 indiens de l’Amazonie bolivienne suivent une marche de 600 km et 40 jours entre la ville de Trinidad (nord-est) et La Paz pour protester contre ce projet de route de 306 km à travers leur réserve naturelle… dont 80 % de la facture doit être financée par les capitaux brésiliens. Le Brésil qui accueillera en 2012 la conférence des Nations Unies, Rio + 20, 20 ans après le Sommet de la Terre de 1992.


Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.