Agriculture : les mesures contre la sécheresse

Pour répondre au stress hydrique qui touche les cultures françaises, Nicolas Sarkozy a dévoilé, le 9 juin dernier, un plan d’aide aux agriculteurs. A ce jour, 59 départements sont concernés par au moins un arrêté préfectoral limitant l’usage de l’eau, au jardin ou dans le champ. Heureusement, sur le terrain, des mesures se mettent en place pour limiter les pertes liées à la sécheresse, dont l’ampleur est proche de celle de 1976.

Il ne voulait pas d’aide directe pour éviter de retomber « dans la mauvaise habitude de donner des allocations qui seront déclarées illégales dans quelques mois ». Nicolas Sarkozy avait ainsi pris le 9 juin dernier seulement quelques mesures : le report d’un an de certains emprunts et une exonération fiscale sous conditions.

Suite à cette annonce, Daniel Prieur, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), partageait sur le site Internet du Monde sa déception. « Ce n’est pas suffisant vu l’ampleur de la crise et les besoins de trésorerie pour acheter du fourrage, qui n’a pas poussé à cause de la sécheresse », a-t-il expliqué.

Mais le 15 juin dernier, le chef de l’État a accepté que les exploitants ayant connu des pertes de plus de 30% de leurs revenus d’exploitation soient indemnisés dès le 15 septembre prochain. Pour cela, le Fonds national de gestion des risques en agriculture bénéficiera d’une enveloppe de 200 millions d’euros.

Pour soutenir les éleveurs sur le terrain, les Conservatoires d’espaces naturels prennent des mesures concrètes et mettent, par exemple, à disposition des agriculteurs les ressources fourragères dont ils ont besoin. En Savoie, le Conservatoire les informe sur les ouvertures des zones humides, des milieux régulant les échanges entre les eaux de surface et les nappes phréatiques. Certains sites lorrains autorisent aussi la fauche avec 15 jours d’avance.

Plus insolite : à Clermont-Ferrand, les agriculteurs utilisent les eaux résiduaires de la station d’épuration pour irriguer ! Le coût : 330 euros par an et par hectare. Aujourd’hui, une cinquantaine d’agriculteurs profitent de ce système.

A plus long terme, Georges Jousserand, proviseur du lycée agricole Georges-Desclaude (Charente-Maritime), déconseille de « mettre tous les œufs dans le même panier. En diversifiant, on est plus à même de faire face aux aléas climatiques et économiques », expliquait-il le 9 juin, sur sudouest.fr. Sur les 160 hectares d’exploitation du lycée, il diversifie : blé dur, blé tendre, colza d’hiver, luzerne, maïs ensilage, orge brassicole, pois protéagineux… Pendant les périodes de sécheresse, sa vigne, moins consommatrice d’eau, est ainsi moins touchée que son maïs.

Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a ajouté qu’il faudrait « empêcher le broyage des céréales pour qu’on ait du fourrage de substitution avec des céréales en complément pour nourrir le bétail » ou « réglementer les prix et éviter la spéculation sur l’alimentation des animaux », comme elle le précisait à l’AFP le 15 juin dernier.

Car comme le rappelle Daniel Prieur : l’urgence est de « trouver de la paille pour nourrir les animaux. (…) Aujourd’hui on voit tout : ici, la tonne de paille à 130-140 euros, là des opérations de solidarité. On propose donc qu’il y ait une coopération entre les départements. Les premiers acheteurs des céréaliers sont les éleveurs qui doivent nourrir leurs animaux. Les céréaliers ont donc tout intérêt à mettre leur paille à disposition des éleveurs à des prix acceptables. »

Et la solidarité entre agriculteurs est essentielle : certains demandent à des voisins céréaliers de céder le foin de leurs jachères, d’autres remplacent le foin par de la paille échangée par du fumier. La relation instaurée en ces temps difficiles devient alors gagnant-gagnant.

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