Agriculture : des bâtiments d’élevage écolo

L’éco-construction ? C’est concevoir un bâtiment dans le respect de l’environnement, de la santé et du confort des usagers. Si de plus en plus d’éleveurs s’engagent pour une gestion écologique de leur exploitation, trop peu d’initiatives d’éco-constructions agricoles voient encore le jour. Reportage au Salon de l’Agriculture.

Tous les ans, ce sont 10 millions de nouveaux mètres carrés de bâtiments agricoles qui sont construits. D’une surface moyenne de 470 m², ces édifices doivent s’adapter à des exigences sanitaires et environnementales toujours plus nombreuses et précises. Parmi elles : la connaissance du terrain (orientation, dénivelés, ensoleillement…) pour adapter le projet aux contraintes géographiques, la bonne santé du lieu pour l’exploitant et ses animaux (qualité de l’air, de l’eau, taux d’humidité), la maîtrise de l’énergie, avec le recours aux énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique…) et l’utilisation de matériaux issus de ressources renouvelables, recyclables et locales.

C’est ce à quoi s’attèle Alter’énergies, une association d’Indre-et-Loire qui accompagne les collectivités et les agriculteurs dans leurs démarches pour utiliser des matériaux écolo et locaux. En plus de s’intéresser à l’efficacité énergétique, l’association porte un intérêt particulier aux énergies grises, c’est-à-dire aux énergies liées au cycle de vie du matériau, de sa production à sa destruction. Une problématique souvent intégrée aux constructions récentes, comme l’explique Jacques Capdeville, responsable projet au sein du service Bâtiments-Environnement de l’Institut de l’élevage: « Les constructions neuves prennent bien souvent en compte les contraintes écologiques. Elles se rapprochent beaucoup de notre charte. »

Intitulée « éco-construction des bâtiments d’élevage », cette charte vise à adapter la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) aux constructions agricoles. Pour cela, l’Institut de l’élevage, organisme chargé des filières herbivores (bovins, ovins, caprins, équins), a pris en compte quatre critères : « insertion dans le site », « matériaux, ressources et nuisance de construction », « énergie, eau et déchets d’activités » et « confort et santé. » De ce travail est né un logo et une charte, matière première pour d’autres projets d’éco-constructions. Pour aller plus loin, l’Institut propose également des stages de formation et pense lancer une journée nationale de sensibilisation à la fin de l’année. « Nous sommes malheureusement loin de la généralisation des éco-bâtiments agricoles, déplore Jacques Capdeville. Seule la volonté politique permettra le changement. Actuellement, l’Etat aide les agriculteurs à financer la construction de nouveaux bâtiments mais est frileux sur le reste. Il n’impose rien, aucune contrainte écologique. »

Du côté du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, deux démarches ont été lancées récemment. Depuis 2005, le Plan de modernisation des bâtiments d’élevage vise à rénover les bâtiments des troupeaux bovin, ovin et caprin en intégrant de nouvelles technologies. Le plan souhaite mettre en place des pratiques d’élevage plus respectueuses des animaux et de l’environnement sans pour autant contraindre les agriculteurs. Plus récemment, le plan performance énergétique des exploitations agricoles a également vu le jour. Son but : économiser l’énergie et favoriser la production d’énergies renouvelables via un diagnostic énergétique complet de l’exploitation. En matière d’énergie propre, les panneaux photovoltaïques, utilisés pour convertir la lumière du soleil – et non sa chaleur – en électricité, ont la cote au Salon de l’Agriculture. M. Morisset, co-gérant de la S.A.R.L. éponyme, une société spécialisée dans la construction de structures en bois accueillant le photovoltaïque, témoigne de l’engouement pour cette source d’énergie.

[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2011/02/Eco-construction-ok.mp3|titles=M. Morisset, co-gérant de la S.A.R.L. éponyme]

Si quelques projets permettant l’autosuffisance énergétique des bâtiments voient le jour, les agriculteurs s’équipent encore massivement en solaire pour pouvoir revendre l’énergie à EDF. Pas étonnant avec des taux de rachat parfois six fois supérieur au coût réel du marché !

A 40 ans, Patrick Gueguen, éleveur de porcs dans les Côtes d’Armor depuis 15 ans, a équipé son exploitation de 180 bêtes il y a six mois. Selon lui, le photovoltaïque se présente comme une nouvelle source de revenu pour des agriculteurs qui craignent pour leur avenir. Interview.

Pourquoi avoir installé des panneaux photovoltaïques sur votre exploitation ?

Je me suis engagé sur vingt ans avec EDF parce que j’ai des bâtiments capables d’accueillir des centrales solaires et que je peux produire de l’électricité pour le voisinage. L’agriculture en Bretagne n’a pas bonne presse et, en installant ces panneaux, les agriculteurs espèrent redorer leur blason. Le photovoltaïque nous permet aussi de diversifier notre activité et d’avoir un complément de revenu si l’on veut continuer à vivre.

Vous êtes inquiet pour l’avenir de votre profession ?

Oui, clairement ! L’année dernière, on parlait de la crise du lait, mais aujourd’hui, c’est la volaille et le porc qui sont sur le fil du rasoir à cause du prix des céréales. Le cours du porc, lui, ne monte pas. Pour nourrir mes bêtes, j’ai besoin de 1 500 tonnes de céréales par an, mais l’augmentation des prix me coûte 150 000€ de plus ! En ce moment, je fais mon boulot pour perdre de l’argent… et de grosses sommes. Je devais donc me diversifier.

Comme vous, beaucoup d’agriculteurs passent aux énergies propres ?

Oui, car si le marché continue à nous asphyxier, demain, nous ne serons plus producteurs de porcs. D’ici deux ans et demi, revendre l’énergie produite par le toit photovoltaique me permettra de réduire la facture EDF de l’élevage. Même s’ils ont coûté 155 000 € hors taxes, les panneaux ont été facilement financés par les banques qui jugent le marché de l’énergie propre porteur. Sinon, nous n’avons reçu aucune aide. Les premières installations étaient aidées, mais depuis deux ans, c’est fini.

Il existe pourtant des aides pour moderniser les bâtiments agricoles…

Effectivement, il y a des aides pour éviter la surconsommation d’énergie par les constructions d’élevages. Elles sont destinées à améliorer l’isolation, le système de chauffage ou encore la consommation d’électricité. Plusieurs projets sont en cours pour moderniser ces bâtiments. Là, ce sera encadré et aidé. Mais ce ne sera pas obligatoire, chacun pourra choisir de le faire, ou non.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone