Enquête sur le lait :

À quoi ressemble l’élevage laitier industriel en France ?

Nous sommes la seule espèce à boire le lait d’une autre et surtout, à continuer d’en boire après notre croissance. À quel prix ?

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Quand on parle du bien-être animal, c’est souvent la production de viande qui est pointée du doigt, comme ce fut encore le cas avec ces images tournées à l’abattoir du Vigan. Pourtant, le lait ne coule pas naturellement à flot dans nos campagnes ! Avant d’aller plus loin dans notre série consacrée au lait et à ses dérivés, nous vous proposons un large état des lieux sur la situation de cette filière trop peu sous les feux des projecteurs.

Les Français sont les premiers consommateurs de beurre et de fromages au monde. Dans l’hexagone, la filière laitière c’est :

  • un chiffre d’affaires moyen de 27 milliards d’euros chaque année1 ;

  • la 2ème industrie agro-alimentaire française, juste après la viande ;

  • 25 milliards de litres de lait produits chaque année ;

  • 97% de lait de vache, le reste est tiré des brebis et des chèvres.

Près de la moitié de la viande bovine provient des vaches laitières

L’industrie de la viande d’un côté et celle du lait de l’autre ? Pas vraiment. Les deux sont pour ainsi dire des sœurs d’arme. En effet, les vaches laitières, comme les brebis et les chèvres, ne finissent pas leur vie à brouter de l’herbe dans un champs. Après de bonnes années de labeur (environ 4 ans quelle que soit la race), ces productrices de lait sont réformées, c’est-à-dire mises à l’écart des troupeaux pour être engraissées puis abattues. La palme de l’efficacité productive revient aux vaches laitières qui assurent 40% de la production de viande bovine en France, principalement pour la viande hachée, les « pièces de boeuf » et la plupart des plats cuisinés des rayons de nos supermarchés !

Les vaches laitières, des sportives de haut niveau ?

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Dès l’âge de deux ans, les vaches mettent bas d’un veau chaque année, conçu par insémination artificielle. Un veau a besoin à la naissance de 5L de lait par jour mais la sélection génétique a permis aux éleveurs des cheptels français traditionnels2 d’avoir des bêtes produisant jusqu’à 12 000L de lait sur toute leur lactation. Cette production démesurée serait comparable à un entraînement de 6 à 8 heures par jour pour un sportif de haut niveau3, ce qui leur provoque bien souvent des complications physiques comme les mammites.

Une séparation de la mère et de son petit peu maîtrisée

Dans la filière laitière, les petits sont systématiquement séparés de leurs mères afin de garder le lait pour la production. Parmi les nouveaux-nés chez les vaches, seuls 9% des mâles deviennent des bœufs et la moitié des génisses deviennent des vaches laitières. Les autres sont vite engraissés et abattus. Il en est de même pour les brebis et les chèvres.

Trois systèmes de séparation sont possibles :

  • dès la naissance et avant même que la mère ne voie le bébé ;

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  • 24h après la naissance ;

  • 10 jours après.

Cependant, les avis sont contradictoires et personne ne sait vraiment quelle est la « meilleure méthode »4. Et si nous considérons que les animaux sont des êtres « sentients », comme le conclut La Déclaration de Cambridge, cela devient paradoxal de concevoir qu’une séparation puisse se faire sans aucun traumatisme.

Des labels pour se repérer ?

La fin des quotas laitiers votée par l’Union européenne depuis avril 2015 a ouvert la voie aux industriels qui maîtrisent d’autant plus les volumes de production et les prix. Pour produire plus, les fermes françaises ont besoin d’augmenter le nombre de vaches dans leurs cheptels, qui tournent habituellement aux alentours d’une cinquantaine d’animaux. La folie de l’industrialisation de l’élevage -comme la ferme des 1000 vaches  – ne fait donc que commencer, et ce, bien souvent au détriment des animaux. Alors comment se repérer dans les produits ? Le label bio est-il suffisant pour garantir un bien-être animal ? 

En attendant notre prochain article, voici un petit récapitulatif des besoins en lait selon les produits5 :

  • 1 kg de beurre : 22Lrat-152162_640

  • 1 kg d’emmental : 12L

  • 1 camembert (250g) : 2L

  • 1 kg de fromage de chèvre à pâte molle : 6,5L

  • 1 kg de fromage de brebis : 6L

  • 1kg de lait en poudre : 8L

  • 1kg de lait écrémé en poudre : 10,6L

 


1 http://www.maison-du-lait.com/fr/chiffres-cles/filiere-laitiere-francaise-en-50-chiffres

2 C’est-à-dire un troupeau de 50 à 100 bêtes maximum : http://www.ciwf.fr/animaux-de-ferme/vaches-laitieres/elevage-standard/

3 L214

4 Témoignages recueillis par L214

5 Economie laitière en chiffres

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !